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Retour 20.04.2018

Les défis sociologiques et éthiques du numérique

Conférence TechnoArk - Vanessa Lalo
Conférence TechnoArk

Les technologies sont de plus en plus présentes dans nos vies. La mesure de soi, de son bien-être et de ses performances en est devenue d'ailleurs bien plus aisée. Dans ce contexte, de nombreuses questions sociologiques, déontologiques et éthiques sont soulevées. Vanessa Lalo, psychologue du numérique à Paris, nous aide à y voir plus clair.
 
Ce sont les pratiques au quotidien, l'éducation et la pédagogie qui définissent le cadre social autour du numérique. Une réflexion autour des enjeux devrait également être menée. D'après Vanessa Lalo, une autorégulation suffit, il n'y a pas forcément besoin d'instaurer des règles.

 
Vulnérabilité face au numérique
En soi, les données ne sont pas encore au cœur des discussions de "Monsieur et Madame tout le monde" car ces derniers ne savent pas vraiment ce que c'est. « Ce qui fait qu'ils ne sont pas toujours conscients des conséquences lorsqu'ils transmettent leurs données personnelles. Par exemple, les gens en général sont réticents à dévoiler des informations personnelles à un interlocuteur direct. A contrario, ils entreront ces mêmes données si une application les leur demande ».

Les personnes les plus vulnérables face à la collecte de données et au partage d'informations à des fins marketings sont celles qui n'auront pas forcément eu accès à une éducation supérieure ou les personnes âgées qui ont très peu de connaissances dans le numérique. « Cela renforce encore les inégalités sociales », souligne Vanessa Lalo.

Certaines personnes submergées par un trop-plein de données passent même au suicide numérique. Elles suppriment tous leurs comptes des réseaux sociaux.

Le marketing de la confiance joue également un grand rôle. « On nous fait croire que l'on donne des données pour notre bien et ensuite on nous envoie des propositions d'offres qui nous correspondent et donc vont nous donner confiance. C'est une personnification. »

 
Redéfinition du cadre social
Pour parer à ce genre d'éventualités, il faudrait totalement redéfinir le système sociétal, construire de nouveaux modèles. Pourquoi ne pas lancer une société horizontale du type Wikipédia : construire Internet ensemble et ainsi être tous égaux face à l'information ? 

 
Le Quantified Self 
Grâce au Quantified Self, nous sommes un peu tous experts de et pour nous-mêmes. Pourtant, la  mesure de soi est en règle générale beaucoup plus utilisée par les femmes, car elles ont tendance à prendre plus soin d'elles.  Pas forcément dans une optique de performance, mais plutôt de bien-être. Aujourd'hui, une nouvelle dimension esthétique émerge également chez l’homme, ce qui rééquilibre la tendance.
  

Défis pour l’avenir
Un véritable challenge futur sera de réussir à laisser de la place à l'introspection, selon Vanessa Lalo. « Il faut réussir à porter un regard sur soi-même sans s'aider d'une machine ». Les outils, certes, facilitent les réponses, mais il ne faut pas qu'on oublie de réfléchir par nous-mêmes. Le même constat s’applique à la mémoire. De plus en plus actuellement, on ne retient plus l'information en soi, mais le chemin qui nous mène à l'information. Notre mémoire vive se surcharge.
 

Humain augmenté ou humain amélioré ?
Pour conclure, Vanessa Lalo fait référence à une métaphore : nous devons choisir notre camp entre l’orthèse ou la prothèse. La prothèse est là comme aide alors que l'orthèse vient nous augmenter, en plus de ce que nous possédons déjà. Est-ce que nous nous pensons défaillants et avons besoin d'une prothèse ou veut-on s'améliorer, devenir meilleur et utiliser une orthèse ? La question reste ouverte…
 

Propos recueillis le 26 janvier 2018 lors de la Conférence TechnoArk de Sierre


 

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